vendredi 2 décembre 2016

Le miracle de Pôle Emploi


Photo de Jezabel Maritza Davidoff



Bon arrêtons de rire un instant. Pôle emploi, de temps en temps propose des solutions intéressantes… Si, si, je vous assure c'est vrai. J'en suis la preuve vivante, ne l’oublions pas.
Sept mois avant la création de mon entreprise, j'ai reçu une convocation pour faire le point sur ma demande d'emploi. A ce moment j'avais déjà bien entamé la formation censée me faire changer de vie et compris que je n’étais qu’un numéro dans un système bien surpeuplé. Mais bon soit, ne nous fâchons pas pour si peu.  Pôle emploi ne peut définitivement pas se souvenir de toutes les personnes qu'il croise ni de leurs projets. Vous voyez que des chiffres dans une grande entreprise qui n'est autre que notre système, notre gouvernement… Séduisant non ?



Quoi qu'il en soit je me prépare pour mon rendez-vous où je me présente avec 1 minute de retard. La ponctualité et moi-même, ça ne fait pas bon ménage et ne l’a jamais fait ! Bon, eux non plus n'aime pas la ponctualité donc nous avons au moins ça en commun.

Je rejoins ma conseillère dans son bureau où nous pouvons enfin discuter Avenir (Finalement je l'ai eu mon rendez-vous pour ma formation, 6 mois après l'avoir commencée… !)



« - Mme..., cela fait un bon moment que nous ne nous sommes pas vues.

(Elle se moque de moi là non ?)

-        -  Nous nous sommes parlé au téléphone pour une formation.
-         - Ah oui... Je m’en souviens. Vous avez pu la faire ?
-        - Bien sûr, j’allais pas vraiment attendre votre financement pour la faire, j’avais prévu un plan B, forte heureusement.
-         - Tant mieux pour vous... Alors et maintenant ? Vous en êtes où sur cette recherche d’emploi ? Parce que j’ai regardé un peu votre profil ces derniers temps, vous n’avez toujours pas mis à jour votre CV, vous n’avez pas travaillé ces derniers mois ?




(Je reste assez bouche bée pendant un certain temps, essayant de réfléchir vite tout en assimilant ce clairement foutage de gueule...)



-         - Non, désolé, je n’ai clairement pas travaillé ces derniers mois puisque comme je vous l’ai dit au téléphone et répété il n’y a, même pas deux minutes, j’ai débuté une formation. Forcément, je ne peux pas travailler en même temps, ça devient un peu compliqué.
-         - Ah oui, c’est vrai. Je vais le noter dans votre dossier.

(C’est une excellente idée... !)

-         - Je vous ai trouvé des offres intéressantes dans votre domaine. Poursuit-elle sans attendre de réponse. Vous savez, le temps de trouver un travail qui vous convienne un peu mieux. Le travail alimentaire est essentiel si vous voulez payer vos factures.

(Qu’est-ce qu’elle ne comprend pas dans : Je suis en FORMATION... ! Ou alors, elle veut absolument que je sorte du taux de chômeurs mensuel. Bon laisse-on la finir, je ne suis plus à ça près)

-        - La première offre nécessite un Bac + 3 comptabilité. Ce n’est pas le même diplôme mais le bac + 3 vous l’avez, c’est tout ce qui compte. La deuxième, c’est en tant que coiffeuse dans un salon.

(Je ne m’énerve pas... Je ne m’énerve pas... Je ne.... Oh et puis ZUT !)



-         - Alors premièrement, j’ai effectivement un bac + 3 mais dans le spectacle, pas dans la comptabilité et s’il demande dans la comptabilité c’est bien pour travailler en tant que comptable... Vous m’expliquez le rapport entre le spectacle et la comptabilité ? Deuxièmement, même question, quel est le rapport avec la coiffure ? Vous avez vu ma tête, est-ce que j’ai l’air de savoir me coiffer ? Non, absolument pas. Alors un job alimentaire, je veux bien mais dans un domaine que je maîtrise un tant soit peu. Enfin, dans « Je suis en formation », qu’est-ce que vous ne comprenez pas. Je ne veux pas d’un autre job puisqu’après ma formation, je vais créer mon entreprise.
-         - Vous voulez monter votre entreprise mais pourquoi ne pas l’avoir dit plutôt ? Me dit- elle complètement hébétée.
-         - Parce que vous ne me laissez pas parler … !
-         - Ah mais ça change tout. Il faut que vous rencontriez ma collègue, elle fait des formations pour les créateurs d’entreprises en ce moment. Vous n’êtes pas encore à ce stade mais bientôt. Je pense que ça pourrait être intéressant pour vous de voir comment ça se passe. Tiens, justement la voilà.... »

Je passe la suite de l’entretien bien entendue !

Suite à cet échange, vous avez pu observer le problème majeur de cette institution qui n’écoute personne et n’en fait définitivement qu’à sa tête. Mais, je ne suis pas là pour mettre en lumière ses moindres défauts (Enfin, un peu quand même). J’ai donc rencontré cette fameuse collègue qui a écouté mon plaidoyer jusqu’au bout et trouvé mon projet presque intéressant. Elle m’a donné rendez-vous pour une réunion d’information sur ces fameuses formations d’entrepreneurs, m’assurant au passage que, tout en étant en formation ailleurs, je pouvais y participer.

J’y suis donc allée, sans avoir de véritable attente et ce fut vraiment bien. C’est la première fois que je parlais de mon projet, encore très appauvri, à un chef d’entreprise. Le but était de le convaincre pour savoir si j’avais ma place parmi les autres. Vous l’aurez compris, je l’ai eu. Il m’a dit que j’avais encore beaucoup de travail pour faire mûrir mon projet mais que je pouvais y arriver. Qu’il y avait un marché, il me suffisait juste d’apprendre à frapper à quelques portes.

J’ai participé à la première formation qui tournait autour des connaissances de base sur la création d’entreprise (Réalisation d’un business plan, d’une méthode de démarchage...). Les cours étaient très constructifs et j’ai rencontré des personnes que je vois encore aujourd’hui. En somme, je suis plutôt contente de la tournure qu’a prise ce rendez-vous, même si j’étais plus énervée en sortant qu’en entrant. Et une formation en menant une autre, un mois plus tard, je commençais celle sur la comptabilité puis plus tard une autre sur l’art d’être « commerciale ».  Quand j’en avais fini avec tout ça, mon projet n’avait plus du tout la même tête qu’il avait au départ, il en était sorti grandi tout comme moi j’avais évolué.

Aujourd’hui encore, avec plusieurs membres du dernier groupe, nous nous réunissons une fois par mois pour parler de nos avancements et de nos erreurs. Nous sommes là pour nous aider les uns et les autres et nous conseiller. Dans une aventure comme celle-là, les jours de solitude sont moins pesant lorsqu’on peut partager son ressenti.

Conseil aux petits nouveaux : Les choses ne sont jamais comme on les prévoit, ni comme on les voit. On peut être persuadé qu’un système cherche à nous enfoncer alors qu’il va nous tendre la main. Ne soyez jamais trop sûr de vos préjugés. On en a tous pour se rendre compte, au bout d’un moment, que même le plus corrompu des systèmes peut trouver son intérêt en nous aidant. Alors même si une administration vous exaspère, même si vous avez l’impression d’être incompris (Oh vous aurez cette impression !), prenez votre mal en patience. Dites-vous qu’ils ont peut-être l’air malheureux à faire un travail déplaisant et qu’ils sont jaloux de vous car vous allez faire quelque chose que vous aimez, que vous allez défendre et propulser sur le devant de la scène. Surtout, vous allez vous amuser en le faire et je doute qu’eux s’amuse vraiment dans leur job !
Alors ne vous inquiétez pas, des hurluberlus dans leur genre, vous en aurez à chaque coin de rue. L’essentiel est de ne pas vous laisser enfoncer mais au contraire, de trouver cette main tendue et d’en profiter un maximum. 


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